Le 29 juillet 2006, Mr Ram ETAWEREEA journaliste pour «Le temps» interviewe Mr José Bové sur l'OMC et en particulier à propos des négociations sur l'agriculture qui n'aboutissent pas. Pour Mr José Bové, l'agriculture doit être sortie de l'OMC, pour la simple raison que 90% de la production mondiale est consommée là ou elle est produite et qu'on ne peut pas fixer les règles de l'ensemble de la production en fonction des 10% qui vont sur les marchés internationaux. La question qui se dégage est alors la suivante : « La majorité des pays en développement n'ont-ils pas que des produits agricoles à exporter ? » ; Question à laquelle répond Mr José Bové :
"Le problème n'est pas là. Ces pays produisent surtout des matières premières comme le coton, le café, le cacao, et les exportent à des prix dérisoires. Les paysans n'arrivent même pas à en vivre. La surproduction fait chuter les prix. Regardez le Vietnam : ce pays est devenu, au bout d'une quinzaine d'années, le deuxième producteur mondial de café. Il y a là un problème de régulation de la production. Idem pour le coton. Même si les subventions aux Etats-Unis disparaissent, le marché du coton ne va pas se rééquilibrer pour autant.
Il ne suffit pas de dire que l'agriculture doit sortir de l'OMC. Il faut reprendre tout le débat à zéro et reconnaître la notion de souveraineté alimentaire, c'est-à-dire le droit fondamental des peuples à se nourrir, inscrit dans le Pacte économique et social de l'ONU. Ensuite, il faut édicter des règles contre le dumping des pays riches face aux pauvres. Les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) font preuve d'un égoïsme total en exportant leurs excédents au mépris des agriculteurs du Sud. Il faut aussi organiser les marchés internationaux par rapport aux volumes et aux prix. Si on ne le fait pas, la loi de la jungle s'imposera. Je suis pour un vrai multilatéralisme, mais pas celui de la domination."